"L’affaire est de se libérer soi-même, trouver ses vraies dimensions, ne pas se laisser gêner". Virginia Woolf
C'est par cet épigraphe que débute Clara lit Proust, un roman de Stéphane Carlier, qui amène à réfléchir sur ce qui constitue une vie dégagée des règles sociales et conforme à ses goûts et sa nature profonde. "Se libérer de soi-même", c'est justement ce qu'a réussi à accomplir Clara grâce à Proust...
Cela faisait un certain temps que j'apercevais ce livre à la librairie et que ce dernier m'intriguait. Lancée depuis plusieurs mois dans l'aventure proustienne, aussi trépidante qu'éprouvante, je n'ai pu passer à côté de cet ouvrage dont le titre me turlupinait. Il est vrai que depuis le début de ma lecture de La recherche, j'ai la sensation de voir Proust, ou du moins tout ce qui peut se rattacher à lui, de partout : bustes à son effigie, madeleines, articles, ouvrages sur l'auteur... Rien n'y échappe !
Revenons au livre. Clara lit Proust retrace le quotidien de Clara, une coiffeuse de 23 ans qui se sent déjà à bout de souffle. Prisonnière d’un travail routinier et d’un couple qui s’étiole, elle laisse ses journées s’écouler au rythme des chansons de Radio Nostalgie dans le salon de coiffure. À son âge, elle est déjà désabusée. Tout bascule pourtant le jour où un client de passage oublie un ouvrage et pas n’importe lequel : le premier tome d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, un auteur qu’elle n’aurait jamais pensé lire, le jugeant trop intimidant. Cette rencontre fortuite avec le livre agit comme une révélation. Pour Clara, rien ne sera plus comme avant.
Un sujet intéressant, traité avec légèreté et humour et qui rend un bel hommage à Proust. Le roman occulte l'idée reçue qui voudrait qu'un certain type de littérature ne soit réservé et accessible qu'à un certain public, une "élite". S'inscrivant comme une éloge plus globale de la lecture, ce livre met également en exergue le pouvoir de la littérature en tant que vecteur de changements et de bien-être.
J’ai apprécié la manière dont Proust accompagne Clara dans son quotidien, lui offrant un nouvel éclairage sur la vie, ses relations et son environnement. Il y a véritablement un avant et un après Proust. C’est ce que j’ai souvent entendu de la part de ses lecteurs et au fil de ma propre lecture, je comprends désormais cette impression. Dans le roman, la transformation de Clara est parfaitement perceptible. Au début du récit, elle subit la banalité déprimante de son existence mais plus elle avance dans sa lecture, plus elle trouve des réponses à ses interrogations et parvient même à formuler celles qu’elle n’arrivait pas jusqu’alors à mettre en mots. Elle finit même par se demander si son client n'aurait pas volontairement oublié l'ouvrage... Il est vrai qu'à partir du moment où nous découvrons Proust, tant le personnage et son œuvre demeurent fascinants nous ressentons l'irrépressible envie d'en parler au monde entier. C'est ce qui se produit avec Clara, qui, malgré le désintérêt de la plupart des personnes de son entourage, aura la joie de pouvoir en discuter avec sa cliente Claudie.
"Finalement, elle comprend : ce livre est si vaste, il aborde tellement de questions qu'il est quasiment impossible quand on le lit de voir le monde autrement que par son prisme. La moindre chose devient proustienne. Une grappe de glycine, le violet de ses fleurs sur le vert de ses feuilles. La poussière en suspension dans une lame de lumière traversant une pièce sombre."
Cet extrait illustre parfaitement la notion de changement de vie et de perception du monde qui accompagne la lecture de La Recherche. Cela me fait penser à un blog que j’avais découvert, où une femme publiait et expliquait chaque moment ou détail de son quotidien qui lui rappelait La Recherche. J’avais été impressionnée par sa fascination pour cette œuvre et son immense capacité de mémorisation.
Il est souvent difficile de trouver quelqu’un avec qui partager cet enthousiasme. La lecture de Proust garde encore, à tort, une réputation réservée à un milieu privilégié. Beaucoup imaginent qu’il faut appartenir à un certain cercle social pour s’y intéresser...
Malgré la lecture assidue de Clara, j’ai du mal à imaginer qu’elle ait pu lire La Recherche aussi rapidement, sans survoler de nombreux passages… Cela s'avère également plutôt surprenant qu'une lectrice occasionnelle tombe aussi rapidement sous le charme de cet ouvrage aussi dense. À moins que le problème ne vienne de moi. Je pense que la tournure de cet ouvrage est volontairement teintée d'un "optimisme naïf" et c'est peut-être mieux comme cela. Je me souviens être tombée un jour sur une interview d’Amélie Nothomb dans laquelle elle expliquait que, pour elle, une lecture complète et sérieuse de La Recherche prenait bien un an. C'est un avis que je pense partager (on en reparlera le jour où j'aurai terminé).
Clara lit Proust est un roman simple, optimiste et agréable à lire, qui permet de (re)découvrir avec légèreté l’univers proustien tout en passant un bon moment. On se laisse facilement entraîner dans une histoire à la fois claire et accessible. Pourtant, il n’est jamais facile de rendre quelque chose de simple lorsqu’on rédige un ouvrage et encore moins lorsque Proust est en jeu. L’auteur, grâce à sa profonde connaissance du monde proustien, parvient pourtant à l’évoquer avec une grande simplicité. C’est également un ouvrage qui se présente comme une véritable ode à la lecture, favorisant le développement personnel et l’émancipation de chacun.
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